8 Juin 2021

[Exploration] Astronautes français d'hier, d'aujourd'hui et de demain...

Enfilez votre combinaison spatiale et montez dans notre fusée à voyager dans le temps pour une rétrospective et prospective des vols habités, côté CNES.

Crédits : ESA, D. Ducros.

 

2026. Pour la 3e fois, Thomas Pesquet se prépare à aller dans l’espace, solidement attaché dans le siège de son vaisseau. Ce n'est ni un vaisseau Soyouz, ni un Crew Dragon. Non, cette fois-ci, un c'est un vaisseau Orion ! Car sa destination n’est pas la Station spatiale internationale (ISS), c'est la station lunaire Gateway. Le voyage va durer 3 jours, le séjour : 1 à 2 mois. Ce scénario futuriste est tout à fait réaliste ! L’agence spatiale européenne (ESA) a négocié 3 vols avec l’agence spatiale américaine (NASA) et Thomas Pesquet, astronaute français de l’ESA, répond tout à fait aux critères d’expériences

Jean Blouvac, CNES

« L’Europe a négocié 3 vols d’astronautes à partir de 2026 en échange de la réalisation de modules de la station Gateway et du vaisseau Orion » indique Jean Blouvac, notre responsable des programmes Exploration et vols habités. « Notre stratégie — au niveau du CNES et de l’ESA — est d’être un partenaire, pas le leader principal sur les vols habités. C’est la collaboration internationale. »

 

Le module de service du vaisseau Orion est fourni par l'Agence spatiale européenne. Crédits : ESA–D. Ducros.

Des astronautes toujours prêts au décollage

Flashback. Nous sommes en 1979, en pleine guerre froide. Le dirigeant soviétique Leonid Brejnev propose à Valéry Giscard d'Estaing, président de la République française, de faire participer un Français à une mission de 8 jours dans la station spatiale Saliout-7. C'est la 1re fois que l'Union soviétique invite un pays non communiste sur un vol habité. Branle-bas de combat. Le CNES lance une sélection d’astronautes : Jean-Loup Chrétien et Patrick Baudry sont sélectionnés. En 1982, Jean-Loup Chrétien s’envole à bord d’un vaisseau Soyouz et devient le 1er Français dans l’espace.

En 1984, le CNES lance une nouvelle sélection d’astronautes en prévision de futurs vols habités avec les Soviétiques, mais aussi les Américains. C’est le début du « corps des astronautes français ». 7 astronautes sont recrutés. Une 3e sélection est réalisée en 1990 en vue de séjours dans la future ISS et des 1ers vols de l’avion spatial européen Hermès.

 

gp_astronautes_selectioncnes_p04757.jpg

Présentation de la 2e sélection d’astronautes du CNES en 1985 : Jean-François Clervoy, Claudie André-Deshays (future Claudie Haigneré), Jean-Jacques Favier, Jean-Pierre Haigneré, Frédéric Patat, Michel Tognini et Michel Viso. Crédits : CNES/TRAPHOT, 1985.

1ere coopération franco-russe  : Jean-Loup Chrétien (à gauche) dans la station Saliout-7 en 1982. Crédits : CNES/Intercosmos, 1982.

1ere coopération franco-américaine : Patrick Baudry, dans la navette Discovery en 1985. Crédits : NASA.

gp_hermes_esa_08626.jpg
Vue d'artiste de l'avion spatial Hermès. Crédits : ESA - D. Ducros.

Hermès, le projet d'un avion spatial européen (1975-1992)

Envisagé par le CNES à partir de 1975, Hermès est un des projets spatiaux les plus ambitieux que la France ait imaginé, celui de l’envol d’une mini-navette depuis une fusée Ariane. Repris par l’ESA en 1985, le projet s’arrête en 1992. Trop de retards. Trop lourd financièrement. « Le débat sur la nécessité de doter l'Europe d'un programme habité est régulièrement relancé. Mais l’ESA n’a pas le mandat de ses états membres, ni les moyens financiers de mener cette aventure. Son budget est environ 4 fois inférieur à celui de la NASA. Développer une capacité autonome de vols habités nécessiterait une décision politique européenne au même titre que celle pour d’autres programmes européens tels que Copernicus (observation de la Terre) ou Galileo (navigation et de positionnement par satellite) » explique Jean Blouvac.

 

Naissance du corps européen des astronautes

Mars 1998. Le Conseil de l’ESA décide la création d’un « corps européen d’astronautes » à Cologne en Allemagne. Objectifs : mutualiser les équipements et les équipes afin de permettre aux astronautes de s’entraîner dans les meilleures conditions possibles et d’augmenter leurs chances de se voir confier des missions, toujours en coopération. L’Allemagne et la France — les 2 pays qui disposaient auparavant d’un corps national — se rallient à cette fusion. Des astronautes français vont progressivement rejoindre ce corps européen. A ce jour, Thomas Pesquet est le seul Français à avoir été directement sélectionné par l’ESA.

SEREZ-VOUS LE OU LA PROCHAIN·E ASTRONAUTE FRANÇAIS·E ?

Pour la 1ere fois depuis 2008, une nouvelle campagne de recrutement d'astronautes s'est déroulée cette année entre le 31/03 et le 28/05. L’ESA va sélectionner entre 4 et 6 astronautes titulaires et une vingtaine de réservistes. Les futurs astronautes séjourneront à bord de l’ISS, voleront vers la Lune et prépareront les futures missions habitées vers Mars. Un programme de rêve à vivre aux côtés de la génération actuelle dont fait partie Thomas Pesquet !

En 2001, Claudie Haigneré devient la 1ere Européenne à décoller vers l'ISS. Crédits : CNES/ESA/CORVAJA Stéphane, 2001.

L’équipe de France derrière les astronautes

Mais les vols habités, ce ne sont pas que des astronautes et vaisseaux spatiaux. Ce sont aussi des femmes et des hommes, c’est toute « l'équipe de France » avec des ingénieurs, des chercheurs, des industriels, des techniciens, des administratifs…  Ce sont aussi des infrastructures et des services. Sans détailler tout le secteur industriel, coup de projecteur sur 3 entités basées à Toulouse : le CADMOS, le MEDES et Spaceship FR.

Emanation d’un service du CNES dédié au « corps des astronautes français », labellisé par l’ESA en 1998, le CADMOS prépare et suit les expériences scientifiques réalisées en micro-pesanteur par les astronautes, qu’ils s’appellent Thomas Pesquet ou non, que ces expériences soient réalisées dans les laboratoires américain, russe ou européen de l’ISS ou les stations chinoises Tiangong. Dans le cadre d'un accord de coopération signé le 15/04/2021, le CADMOS va aussi accompagner l’agence spatiale indienne (ISRO) dans la préparation et le suivi de son programme de vols spatiaux habités, avec un 1er lancement d’un astronaute indien prévu en 2022.

Autre entité toulousaine : la clinique spatiale du MEDES. Créée en 1989 par le CNES, les hôpitaux de Toulouse ainsi que plusieurs universités, le MEDES assure le suivi médical des astronautes, réalise des recherches et expérimentations sur les effets de la micropesanteur sur le corps humain, et travaille sur des applications en rapport avec la santé et la télémédecine. Le MEDES collabore étroitement avec le Cadmos et le Centre européen des astronautes basé à Cologne.

Nouvelle structure bleu/blanc/rouge dédiée aux vols habités : Spaceship FR, un lieu d’innovation et de démonstration dédié à l’exploration qui sortira de terre entre 2021 et 2023 au CNES de Toulouse. Depuis janvier 2021, Spaceship FR accueille son 1er équipage : 6 stagiaires d’écoles d’ingénieurs et universités. Objectifs : faire émerger des briques technologiques innovantes pour une future base lunaire ou martienne, tels que des pièces d'outillages construits en 3D avec du régolithe lunaire. La France entend bien participer aux futurs séjours longue durée sur la Lune, puis un jour sur Mars, la planète rouge !

gp_mars_base.jpg

Représentation d’artiste d’une base martienne. Crédits : ESA/Hubble (M. Kornmesser and L. L. Christensen), 2012.

Préparation au CADMOS d'une expérience de la mission Alpha de Thomas Pesquet. Crédits : CNES/GRIMAULT Emmanuel, 2021.

Salle de contrôle du CADMOS. Crédits : CNES/GRIMAULT Emmanuel, 2021.

Représentation d’artiste d’une base lunaire. Crédits : ESA/P. Carril.

En savoir plus :