14 Décembre 2017

[Hommage] Une statue en bronze pour Félicette, votre avis M. Viso ?

La chatte française, unique félin à avoir franchi la limite mythique des 100 km d’altitude dans les années 1960, aura bientôt droit à son mémorial dans Paris ! 3 questions à notre vétérinaire de l’espace, Michel Viso.

Félicette, héroïne discrète de la conquête spatiale, avait décollé d’Hammaguir, en Algérie, le 18 octobre 1963 à 8h09 précises, à bord d’une fusée française Véronique. Son vol durera au total 10 min durant lesquelles la chatte sera en microgravité pendant 5 min. De quoi sortir les griffes ! À ce jour, c’est le seul félin au monde à avoir vécu une telle expérience. Si bien qu’un Londonien, Matthew Serge Guy, a décidé de lui rendre hommage en lançant un « crowdfunding » en octobre 2017. Ce financement participatif sur Internet a récolté plus de 48 000€ . Ainsi, la sculpteuse Gill Parker (spécialiste des bronzes d'animaux) fabriquera  la statue qui sera installée dans Paris, la ville d’origine de Félicette. « On veut que les gens se positionnent et proposent des lieux dans les commentaires ou sur les réseaux sociaux » confiait Matthew Serge Guy. Qu’en pense notre vétérinaire, devenu responsable des programmes d’exobiologie au CNES, Michel Viso ?

A gauche, la fusée Véronique au décollage ; à droite la chatte Félicette. Crédits : CERMA, 1963/Kickstarter.

Pourquoi avoir envoyé Félicette dans l’espace en 1963 ?

Michel Viso : Le chat faisait partie des animaux très utilisés pour les études de neurophysiologie à l’époque, notamment pour l’étude du sommeil et de l’attention. Les scientifiques civils et militaires ont donc naturellement choisi un animal dont on connaissait très bien les caractéristiques physiologiques pour tester son comportement pendant un vol spatial. Félicette a effectué un vol balistique très court. La fusée est montée très haut, à près de 157 km, pour redescendre, sous parachute, et atterrir pas très loin de l’endroit d’où elle avait décollé. Tout cela s’est déroulé à Hammaguir, en Algérie, où la France possédait une base de lancement jusqu’en 1968.

Quel était l’objectif d’envoyer des animaux dans l’espace à l’époque ?

M. V. : Ces animaux étaient envoyés dans l’espace avec des fusées sondes (pas assez puissantes pour mettre des capsules en orbite) pour étudier la physiologie, et afin de comprendre comment des cerveaux de mammifères se comportaient en micropesanteur. Ensuite sont arrivées les capsules russes Bion, les biosatellites de la NASA puis la station spatiale russe MIR, les navettes américaines et enfin  la station spatiale internationale. De nombreuses expérimentations ont été faites avec des rats, des souris, des petits singes, des méduses, des abeilles, des araignées, des mouches, des poissons… Le plus célèbre des animaux reste cependant la chienne russe Laïka, 1er être vivant envoyé dans l’espace le 3 novembre 1957. Elle n’est pas revenu vivante de son vol car on ne savait pas encore faire revenir sur terre un objet en orbite. En France nous avons eu le rat Hector, la chatte Félicette et notre petite guenon Martine qui ont fait des vols balistiques (sans se retrouver en orbite). Le but de tout ça, c’était de comprendre le fonctionnement de l’animal en micropesanteur et d’en tirer des conclusions générales sur la physiologie, l’ensemble des interactions physico-chimiques qui se produisent à l’intérieur d’un organisme. Les analyses en micropesanteur ont offert, à cette époque, une fenêtre nouvelle sur les mécanismes de régulation des grandes fonctions comme la circulation sanguine, la respiration, la reproduction, la coordination des mouvements…

Est-ce qu’on envoie toujours des animaux dans l’espace aujourd’hui ?

M. V. : Les animaux sont toujours actuellement utilisés pour des études de physiologie dans l’espace, notamment la souris dans la capsule automatique russe Photon. La dernière capsule Photon a volé il y a 2 ans. La prochaine devrait être mise en orbite d’ici un an probablement avec des rats à bord. Dans l’ISS, actuellement il n’y a pas d’endroit prévu pour ça. Le projet de module qui devait accueillir des animaux au moment de la conception de la station a été abandonné dans les années 1990 car il coutait trop cher. Seuls quelques invertébrés peuvent rejoindre la station aujourd’hui ainsi que des poissons. Quand Claudie Haigneré a volé pour la dernière fois à bord de l’ISS, elle avait emporté des œufs de crapauds sud-africains pour comprendre la mise en place du système nerveux au cours du développement embryonnaire et larvaire. Un des objectifs de cette expérience était d’observer comment les connexions nerveuses se mettent en place dans l’embryon en l’absence de pesanteur. Les larves ont été rapportées sur Terre et cela a donné lieu à plusieurs dizaines de publications scientifiques plus intéressantes les unes que les autres. Ces expérimentations dans l’espace peuvent déboucher sur des solutions thérapeutiques pour l’homme, ici, sur Terre. Félicette, héroine animale, mérite bien un tel hommage !

Félicette avec son équipe juste après son vol en 1963. Crédits : CERMA, 1963.

 

 

 

 

 

 

  

   

Michel Viso, vétérinaire, responsable des programmes d'exobiologie au CNES. Crédits : CNES.

1ers croquis de la future statue de bronze à la mémoire de Félicette. Crédits : Kickstarter.

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