16 Septembre 2021

[Quézako ?] Tout ça, c’est des salades !

Une start-up française a réussi à faire pousser de la laitue dans du sol lunaire. Un 1er pas dans le développement de technologies et de procédés qui seront utiles aux futurs explorateurs spatiaux.

 Cette pousse de laitue s’est développée dans un substrat innovant composé de régolithe lunaire. Crédits : Agricool.

Et si je vous disais que cette salade a poussé dans de la poussière lunaire ! Et qu’en plus, elle est excellente ! Cette laitue est l’aboutissement d’une étude menée par la start-up parisienne Agricool, spécialisée dans le développement de solutions pour l’agriculture urbaine. « Le CNES, raconte Pierre Jay, l’un des directeurs techniques, nous a demandé d’imaginer un système de culture… Pour la Lune. Pour produire des légumes, intéressants d’un point de vue nutritif, en utilisant un minimum de ressources, substrat, énergie ou espace. » Joli challenge !
Mais comment faire du sol lunaire (le régolithe-voir encadré) un bon terreau ? « Les 1ers essais était… Catastrophiques, avoue Paul-Hector Oliver, directeur technique. Avec l’eau, le régolithe devenait dur comme du ciment. Nous avons multiplié les tests, jusqu’à trouver la bonne solution ».

Celle-ci consiste en un substrat innovant, composé de régolithe, qui retient l’eau nécessaire à la croissance de la plante, et d’une mousse de très faible densité, donc très aérée, qui permet aux racines d’accéder à l’oxygène de l’air. Les graines plantées dans ce substrat sont placées dans des « pots » de la taille d’un bouchon, en fibre de verre. Celle-ci retient le régolithe, mais laisse passer les racines. Ces pots sont placés au-dessus d’un bac contenant une solution nutritive et dans lequel « boivent » les plants. « Le taux de germination (passage de la graine à la plante) reste encore faible, détaille Paul-Hector, mais le rendement est équivalent à celui de salades utilisant des substrats terrestres. Même qualité, même quantité. » Et le substrat créé réduit de 95% la masse des matières géo-sourcées, c’est-à-dire qu’il faudra apporter sur la Lune.

Le substrat, composé de polymère et de régolithe, a permis aux graines de germer et aux racines de pousser. Crédits : Agricool.

Un dispositif peu énergivore

Le dispositif, équipé de lampes pour produire de la lumière, est aussi peu gourmand en énergie : 10 kWh/kg de salade produit, l’équivalent d’un micro-onde fonctionnant pendant 10 h. Le système est également simple à mettre en œuvre, en comparaison notamment à certaines techniques comme l’aéroponie (une forme de culture hors-sol prometteuse). Un atout s’il doit être déployé dans l’environnement lunaire.

Un autre aspect de l’étude a été de rechercher les variétés de légumes-feuilles les plus productives et les plus nutritives. Et la grande gagnante est la famille des choux, riche en vitamines, nutriments et fibres, et présentant des goûts variés.  « C’est en travaillant sur l’exploration lunaire que j’ai goûté la moutarde japonaise », sourit Alexis Paillet, chef de projet Spaceship FR, qui accompagne la start-up dans sa R&T (voir encadré). Car les recherches se poursuivent. « Nos prochains défis, s’enthousiasme Pierre Jay, seront de réduire le poids du polymère, de la mousse, pour réduire encore la masse de matière à emporter. Et développer ce système pour d’autres légumes, comme les légumes-racines ou les légumes-fruits tels que les tomates ! » Bientôt une ratatouille lunaire ?

Pierre Jay (à gauche) et Paul-Hector Oliver. Crédits : Agricool.

Le dispositif est simple de mise en œuvre et peu consommateur d’énergie. Crédits : Agricool.

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Régolithe ?

Le régolithe lunaire désigne la matière, la poussière, qui recouvre la surface de la Lune, caractéristique par sa finesse. Il existe sur Terre des échantillons, collectés par les astronautes des missions Apollo, mais précieusement conservés.
Pour les expériences menées dans le cadre de Spaceship FR, on utilise donc du basalte terrestre, présent dans les zones volcaniques comme en Auvergne. « Les propriétés chimiques et physiques du basalte, explique Alexis Paillet, chef de projet Sapceship Fr, sont similaires à celles du régolithe lunaire »


Vers la Lune et au-delà

Spaceship FR est un projet initié par l’agence spatiale européenne pour préparer l’exploration de la Lune. En France, le projet est porté par le CNES, qui fédère un écosystème composé d’une cinquantaine d’acteurs : laboratoires, écoles, universités, grosses entreprises comme Airbus ou Thalès, start-up, PME… « Nous étudions la faisabilité d’un habitat lunaire, développe Alexis Paillet, chef de projet Spaceship FR. Et cela passe par de la recherche. L’idée est de créer de nouvelles technologies qui serviront à vivre, et à mieux vivre sur la Lune. Que ce soit pour l’habitat, l’énergie, la santé ou encore la nutrition.  »
Pour favoriser cette émulation, le CNES a notamment créé l’incubateur TechTheMoon : d’ici fin 2021, 5 start-up seront accompagnées par des experts du CNES et des professionnels du marketing dans le développement de leur projet lunaire.

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