25 Mars 2019

Procrastine-t-on dans le spatial ?

Il n’est pas rare de reporter le lancement d’un satellite ou d’un rover d’exploration planétaire mais peut-on parler pour autant de procrastination en cette journée de célébration ?

Il y a toujours D'excellentes raisons...

A l’occasion de la journée mondiale de la procrastination ce 25/03, arrêtons-nous un instant sur les reports et autres ajournements qui sont légion dans le secteur spatial. Pourquoi avons-nous tendance à remettre au lendemain les lancements de missions comme InSight, ExoMars et même le vol de Thomas Pesquet ? Rassurez-vous, il y a toujours d’excellentes raisons pour cela, parfois technologiques, assez souvent « politiques ». Le CNES est dans une position stratégique de neutralité, c'est-à-dire que nous privilégions la coopération avec toutes les nations spatiales. Qui dit coopération, dit travail en équipe avec des nationalités différentes et aussi, parfois, des distances géographiques à surmonter. Qui dit coopération dit également communication ! Elle peut être compliquée…

Mais revenons à nos moutons ou plutôt à nos engins spatiaux ! Le lancement de la mission InSight a été reporté en 2016. A l’origine ? Un défaut d’herméticité dans une sphère à vide du sismomètre SEIS qui ne pourra pas être solutionné à temps… Au final : un lancement décalé de 2 ans pour des raisons de mécanique spatiale, tout simplement. En effet, en fonction des positions respectives de Mars et de la Terre autour du Soleil, on ne peut envoyer d'engins vers la planète rouge que tous les 26 mois exactement, dans une fenêtre très courte : 3 semaines environ.

7 années d'attente pour Thomas Pesquet

Pour ExoMars, même combat, Le Joint ExoMars Steering Board (JESB) avait estimé qu’un départ du 2e volet de la mission en 2020 au lieu de 2018 permettait de « prendre en compte les retards dans les activités industrielles et celles de livraisons des instruments, côté européen et russe ». Mais que dire alors des missions de vol habité, comme celle de Thomas Pesquet, par exemple ? L’astronaute français de l’ESA a été sélectionné en 2009 et a du attendre 7 longues années avant de s’envoler vers les étoiles pour sa mission Proxima en 2016-2017. La raison ? Une longue préparation mais surtout des opportunités de vols négociées au « compte-gouttes » par l’ESA avec les agences spatiales américaine et russe. Le temps du spatial peut donc être long et le chemin semé d’embuches.

Mais comme dit Jacques Arnould, expert éthique, au CNES : « Si nous sommes parfois contraints de remettre une entreprise au lendemain ou à plus tard, nous ne le faisons pas sous l’emprise de la paresse, de l’anxiété, de l’impulsivité ou du perfectionnisme. Nous avons entrepris d’explorer, de conquérir le ciel ; mais nous n’en gardons pas moins bon sens et raison bien terrestres. Première et ultime condition pour que l’espace nous demeure ouvert. »

Jacques Arnould, expert Ethique, CNES

Jacques Arnould est expert éthique, au CNES, Ingénieur agronome, Docteur en histoire des sciences et Docteur en théologie. Il est l'auteur de nombreux ouvrages depuis 1996.

Site officiel de Jacques Arnould

Selfie du robot InSight qui s'est posé sur Mars le 26/11/18 après un report de lancement de 2 ans. Crédits : NASA/JPL-Caltech.

Le rover du 2e volet de la mission européenne ExoMars prendra la direction de la planète Mars en 2020, lui aussi, après un report de lancement de 2 ans. Crédits : ESA.

Sélection de Thomas Pesquet, l'astronaute français de l'ESA,  en 2009. Il lui aura fallu patienter 7 années avant de s'envoler vers l'ISS. Crédits : ESA.

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