17 Septembre 2018

[Evénement] L’éclipse de Lune du 27 juillet 2018 vue par les Pléiades

Pour la première fois (à notre connaissance), des satellites ont observé une éclipse de Lune. Aucune coloration orangée n’est ressortie sur les images. Devinez-vous pourquoi ?

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L'éclipse de Lune du 27 juillet 2018 observée par les satellites Pléiades. Crédits : CNES 2018, Distribution Airbus DS.

Une programmation spéciale pour une éclipse exceptionnelle

En orbite à 700 km d’altitude, Pléiades-1A et Pléiades-1B sont 2 satellites d’observation de la Terre à très haute résolution. Chaque mois, ils se détournent de notre planète pour regarder la Lune. Pourquoi ? Pour un instant poétique ? Non, pour vérifier que le blanc capté par leur instrument est bien blanc ! « La Lune est un objet dont l’albédo est bien caractérisé. Elle nous sert d’étalon pour vérifier la balance des blancs de l'instrument optique des satellites » explique Bruno Vidal, ingénieur au CNES en charge du suivi de la qualité image des satellites Pléiades.

Nous tournons aussi chaque mois les Pléiades vers les étoiles afin de vérifier la mise au point de leur instrument 

ajoute Françoise Masson, chef de projet Pléiades au CNES. 

Lors de l’éclipse lunaire du 27 juillet 2018, ils se sont tournés par 9 fois vers l'astre blanc alors qu’ils survolaient l’Antarctique, la Malaisie, la Thaïlande et l’Indonésie. Nullement gênés par les nuages, ils ont observé l’ombre de la Terre grignotant le disque lunaire. Mais aucune Lune cuivrée n’est apparue sur les images lorsque notre satellite naturel était complètement occulté. Mais pourquoi ?

Lancés en 2011 et 2012, les satellites  Pléiades capturent des images d’une résolution au sol de 70 cm  (un pixel = un carré de 70 cm de côté) en ''scannant'' la zone observée. Pour observer la Lune, ils se retournent complètement. Crédits : CNES.

Une question de temps de pose !

« Cette absence de coloration est tout à fait normal. Pour percevoir la couleur orangée, il aurait fallu augmenter le temps de pose ce qui n’est pas possible avec les bandes couleurs des satellites Pléiades. Les Pléiades ont été conçus pour faire des observations terrestres sur des zones éclairées par le soleil. La coloration cuivrée apparaît lorsque la Lune est dans l'ombre de la Terre ce qui correspond à une intensité trop faible pour être captée par nos satellites  » explique Bruno Vidal. 

Astronome à l’Observatoire de Paris, Pascal Descamps confirme :

Durant une éclipse, l'éclat de la Lune peut chuter d'un facteur 10 000.

Sur Terre, les astronomes augmentent de manière considérable le temps de pose de leurs appareils photos pour faire rejaillir le rouge au maximum de la totalité. Quant à l’oeil humain, il règle automatiquement la taille de la pupille pour s'adapter au niveau d'obscurité. Il est d'une très grand sensibilité naturelle, ce qui lui permet de voir la Lune rouge sans aucun "réglage", la pupille se dilatant complètement et surtout, les bâtonnets de la rétine (cellules qui permettent de voir dans l'obscurité) se mettent à travailler à la place des cônes car ils ne sont plus neutralisés par la lumière de la pleine Lune  ».

Coloration cuivrée observée, sur Terre, par le télescope Stellina lors de l’éclipse du 27 juillet 2018. Ce télescope portable est développé par Vaonis, une jeune pousse française soutenue par l’Agence spatiale européenne (ESA) dans son Centre d’incubation de Montpellier. Crédits : vaonis.

super-lune

Le 14 novembre 2016, les satellites Pléiades avaient déjà observé la Super Lune ! Coïncidence de 2 évènements : une Lune au plus proche de la Terre et une Lune pleine, celle dont nous pouvons observer presque toute la surface éclairée par le Soleil. Selon l’Observatoire de Paris, le phénomène n’est pas rare et se produit tous les 1 an et 48 jours.

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