28 Juin 2017

[Image] Crack en Antarctique

Un glaçon géant, grand comme 2 îles de La Réunion, va bientôt se détacher de l'Antarctique. Suivez la crevasse !
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Crédits : NASA/John Sonntag.

 

Un des plus gros icebergs jamais observés par l'Homme est en passe de se détacher en Antarctique. L'énorme glaçon de 5 000 km² est encore relié à la péninsule Antarctique. Mais sa séparation de la plateforme de glace flottante de Larsen C semble imminente comme le montrent les images satellites radars de sa crevasse, longue de 200 km.

Entre le 25 et le 31/05/2017, cette fissure large de 90 m s'est agrandie d'un coup de 17 km. Surtout, elle a changé de direction. Alors qu'elle s'allongeait de manière parallèle à sa bordure maritime, elle se dirige dorénavant vers la mer ! Plus que 13 km à parcourir... Quand l'atteindra-t-elle ? Difficile à dire. Des chercheurs de part le monde, notamment ceux du projet Midas, guettent la rupture. Entre le 1er et le 24/06/2017, la crevasse n'a pas évolué. Le prochain ''crack'' pourrait être le dernier. 

Actuellement, seuls les satellites radars ou ceux équipés d'un capteur infrarouge thermique nous permettent de suivre cette crevasse car l'Antarctique est plongée dans la nuit polaire. 

Aucune image optique n'a été acquise depuis avril car la lumière était insuffisante à l'heure de passage des satellites, le matin en général. Avec les nuages qui sont fréquents dans cette région, la dernière image Sentinel-2 exploitable remonte au 10 mars 2017 » souligne Simon Gascoin, chercheur au Cesbio, un laboratoire sous cotutelle du CNES. 

Quel impact sur la hausse du niveau des mers ?

Lorsqu'il sera détaché de Larsen-C et qu'il aura fondu, l'énorme pan de glace tabulaire de 300 m d'épaisseur n'aura pas d'impact sur le niveau des océans car il flotte déjà sur l'eau. Mais sa perte rend les 90 % restant de la plateforme de Larsen C plus vulnérables à de futures ruptures. Comme la barrière de glace de Larsen B désintégrée entre 1995 et 2002, ou de Larsen A disparue en 1995, Larsen C semble engagé sur un processus de démantèlement lié au réchauffement climatique en Antarctique. « Ce qui est plus préoccupant, c'est que derrière ces étendues de glace flottantes se trouvent des glaciers reposant sur la péninsule Antarctique et qui renferment 7 cm d’équivalent du niveau des mers » indique Etienne Berthier, glaciologue au Legos. Plus inquiétant encore la fonte accélérée des glaciers en Antarctique ouest, notamment du glacier de Thwaites, un ''monstre'' que l'humanité pourrait bien avoir réveillé (voir encadré ci-dessous). 

Image radar acquise le 12 juin 2017 par le satellite Sentinel-1B du programme européen d'observation et de surveillance de la Terre Copernicus. Crédits : Copernicus 2017, ESA.

 

Avancée de la crevasse entre novembre 2010 et mai 2017. Crédits : MIDAS project, A. Luckman, Swansea University.

 

Anomalie de température en mai 2017 en Antarctique. Crédits : NASA GISS.

La fonte des glaciers ''filmée'' en direct par les satellites

Grace à la répétitivité des images acquises par les satellites européens Sentinel-1 et Sentinel-2, il est possible de réaliser de véritables vidéos des changements en cours en Antarctique. Comme ici avec ces 45 imagettes acquises entre juillet 2016 et mai 2017 sur une portion du glacier de Thwaites en Antarctique ouest. Ce mastodonte de glace posé sur le continent est surveillé de près. A lui tout seul, il contribue déjà pour 5 %  à la hausse du niveau des océans et pourrait engendrer, à terme, une élévation d'1 m.