17 Août 2017

[Cinéma] Valérian : 3 scènes vraisemblables (ou pas)

Le nouveau « space opéra » du réalisateur français, Luc Besson, était très attendu. Adaptation du tom 6 de la bande dessinée de Christin et Mézières, « Valérian et la Cité des mille planètes » comporte quelques scènes surprenantes.

Dans le long métrage le plus cher du cinéma français, Luc Besson signe une épopée riche en couleurs comme à son habitude avec des univers oscillant entre plénitude, violence, désordre urbain et vide intergalactique. Certaines scènes sont-elles annonciatrices d’un monde futur ? Nous avons posé la question à nos experts.

Le « Big Market »

Un des tableaux les plus marquants de Valérian et la Cité des mille planètes est sans aucun doute ce supermarché virtuel, le Big Market, au milieu du désert, surveillé par des sentinelles en armes où des clients venus des 4 coins de la galaxie achètent des produits vendus par millions. Lunettes de réalité virtuelle vissées sur le nez, chacun peut ainsi déambuler au rythme des souks et autres boutiques improbables où se croisent des milliers de personnes chaque jour. Au moment de passer en caisse, chaque objet virtuel est déposé sur un tapis roulant où il prend vie à travers une sorte de scanner à rayons x d'aéroport. A l’heure où la réalité virtuelle commence à s’installer sérieusement dans le paysage, peut-on imaginer de telles scènes dans le futur ?

Nous appartenons déjà à un "big market "

jacques arnould, responsable des questions ethiques, cnes

« Le shopping serait-il commun à tout être doué d’une conscience, d’une intelligence et de quelques attributs supplémentaires, comme des bras, des jambes, des tentacules, des trompes  et de quoi porter des lunettes de réalité virtuelle ?  »

« C’est l’hypothèse portée par le film de Luc Besson... Au-delà du réalisme technologique, l’expérience vaudrait sans doute la peine d’être menée. De fait, nous la  connaissons déjà sur Terre, en termes d’accès à la réalité, à travers le virtuel : nous pouvons nous jouer des distances, spatiales et parfois temporelles, et même voisiner des échelles inattendues d’appréhension, de vision du réel.  Nous appartenons déjà à un "big market", à un souk international, via Internet par exemple, avec ses règles, ses marchandages, ses trocs, ses voleurs et ses dupés. Et demain, nous prédit-on, avec les sons et les odeurs. À nous de décider ensuite à ne pas en rester au "business as usual" ; autrement dit, si "les affaires sont les affaires", le respect de la personne, humaine ou extraterrestre, devrait rester notre horizon ! »

Crédits : EuropaCorp.

Crédits : EuropaCorp.


Sommes-nous seuls dans l’Univers ?

On découvre aussi rapidement dans le film l’existence de la station Alpha, la fameuse Cité des mille planètes, une station spatiale géante, ultra-urbanisée où tout s’entasse sur différents niveaux. Particularité du lieu : 8000 espèces s’y côtoient jours et nuits pour 17 millions d’habitants. Des Humains mais aussi des extraterrestres de formes humanoïdes ou totalement exotiques comme cette transformiste d’un nouveau genre interprétée par la chanteuse Rihana. Notre Univers de 2017 peut-il abriter autant d’espèces évoluées ou, finalement, sommes-nous seuls ?

Cela peut être simplement un métabolisme dans une flaque d’eau, une forme de microorganisme pour simplifier, c’est probablement possible…

Michel Viso, responsable du programme d'exobiologie, CNES

« Je ne vois pas, actuellement, pourquoi il ne pourrait pas exister, quelque part, une forme de vie extraterrestre »

« Quand je parle de forme de vie extraterrestre, je ne parle pas forcément d’individus, au sens biologique du terme. Cela peut être simplement un métabolisme dans une flaque d’eau, une forme de microorganisme pour simplifier, c’est probablement possible… Au-delà, les conditions d’apparition et d’évolution de la vie telle qu’on la connait sur Terre sont tellement difficiles à obtenir qu’on a du mal à imaginer qu’elles aient été réunies, un jour, ailleurs dans l’Univers… Et puis, encore faut-il que nous puissions les détecter. Dans tous les cas, on aura beaucoup de mal à trouver ces formes de vie si elles ne sont pas à proximité de la Terre, dans notre petit coin de galaxie. »

La station Alpha. Crédits : STX Entertainment.

Les Doghan-Daguis. Crédits : EuropaCorp.


Une déformation de l’espace-temps

Enfin, particularité de nos 2 agents spéciaux intergalactiques Valérian et Laureline : ils se déplacent régulièrement dans un vaisseau, l’Intruder, dont la spécialité est le saut spatio-temporel. Cela leur permet de parcourir des distances colossales, de plusieurs années-lumière en seulement quelques min. Intéressant. Qu’en pense notre expert en propulsion ?

Ça, c’est pour l’instant hors de notre portée

Frédéric Masson, ingénieur à la direction des lanceurs, CNES

« Le vaisseau spatial de Valérian est capable d’aller vers les étoiles à proximité, pratiquement instantanément. Ça, c’est pour l’instant hors de notre portée. »

« Si aujourd’hui, on voulait aller vers l’étoile la plus proche de notre planète, Proxima du Centaure, à 4 années-lumière, avec les moyens de propulsion les plus avancés du moment, il faudrait plusieurs milliers d’années pour l’atteindre. Une étude récente de la NASA montre qu’une certaine déformation de l’espace-temps pourrait faire l’affaire mais comment créer cette déformation ? L’étude n’apporte pas de réponse à cette question… »

Le vaisseau Intruder de Valérian et Laureline voyage à la vitesse de la lumière. Crédits : EuropaCorp.