19 Juin 2018

[Cinéma] « Solo : a star wars story » : 3 scènes vraisemblables (ou pas)

Le dernier épisode-dérivé de Star Wars, sorti le 24 mai dernier, raconte la genèse d’Han Solo, personnage emblématique de la saga galactique. Penchons-nous sur les scènes plus ou moins réalistes de ce nouvel opus intitulé « Solo : a star wars story ».

L’Aérotrain d’Orléans

Star Wars nous a habitué à cette scénographie à couper le souffle qui caractérise la saga depuis ses débuts. Dans Solo : a star wars story , le spin-off de la franchise sorti il y a un mois, une scène a notamment retenu notre attention. Le jeune Han Solo s’est, en effet, associé à une bande de contrebandiers pour prendre possession d’une précieuse cargaison de coaxium : un combustible très instable.

Train conveyex du film Solo : a Star Wars Story, sorti le 24 mai 2018. Lucasfilm Ltd. All Rights Reserved.

Le train conveyex qui achemine la marchandise est un bolide monorail circulant à très grande vitesse et à flanc de montagne. Saviez-vous qu’un projet de ce type (ou presque) avait vu le jour dans les années 1960-70 en France ? Il s’agit de l’Aérotrain d’Orléans. Petit retour en arrière : en 1968, une voie d’essai en forme de T inversé surgit de la campagne entre Saran et Ruan, 2 petites communes de la région du Centre-Val de Loire, distantes de 18 km. Elle doit accueillir « l’Aérotrain », un projet de train monorail sur coussin d’air imaginé par l’ingénieur français, Jean Bertin, et pouvant atteindre la vitesse folle (à l’époque) de 400 km/h. Les essais sont concluants. Le dispositif est prévu pour s’inscrire dans un futur axe Paris-Orléans.

Reportage sur l'Aérotrain d'Orléans en 1968. Crédits : INA.

Malheureusement, la disparition du président Pompidou en 1974 sonne le glas de l’Aérotrain dont l’aboutissement aurait nécessité encore de nombreux investissements. Aujourd’hui, plusieurs trains monorails circulent dans le monde mais aucun n’utilise la technologie sur coussin d’air. En 2016, une jeune startup française « SpaceTrain » décide de s’inspirer de l’Aérotrain pour relancer le concept en l’améliorant. Les 1ers tests sont prévus en 2020 sur la voie d'essais de l'Aérotrain d'Orléans, toujours debout. Côté Américain, le facétieux Elon Musk (patron de Tesla et de SpaceX) développe le projet « Hyperloop », des capsules pouvant emporter plusieurs dizaines de passagers dans un tube fermé à plus de 1000 km/h. Des pistes d’essai sont en construction dans le monde entier dont une… à Toulouse !

Affiche de Solo : a Star Wars Story, sorti le 24 mai 2018. Lucasfilm Ltd. All Rights Reserved.


vitesse lumière

Mais revenons au film du réalisateur Ron Howard. Nous apprenons, plus tard, comment Han Solo, baroudeur solitaire, acquière son mythique vaisseau, le fameux Faucon Millenium  : au jeu tout simplement. Les aventuriers ne tardent pas s’en saisir pour traverser la galaxie en « vitesse lumière ».

Serons-nous un jour capables de voyager à la vitesse de la lumière ?

Frédéric Masson, ingénieur propulsion, au CNES : Les lois de la physique, en particulier la relativité restreinte énoncée par Einstein en 1905 nous disent que non. Seules les particules dépourvues de masse peuvent réaliser une telle prouesse, pas un vaisseau spatial de plusieurs tonnes. Pour les vaisseaux habités, c’est la mission Apollo 10 (envoi d'hommes vers la Lune par la NASA en 1969, ndlr) qui détient le record avec une vitesse de 11 km/s. La sonde Hélios 2 (sans hommes à bords) a atteint, elle, les 70 km/s dans les années 1970, mais on reste très loin de la vitesse de la lumière, 300 000 km/s.

Imaginons que ce soit tout de même possible, cela veut-il dire que l'on voyagerait dans le temps comme certains films de science-fiction le suggèrent ?

F. M. : Théoriquement oui, d’une certaine manière, on peut voyager dans le futur. Les lois de la physique nous disent que plus la vitesse d’un vaisseau est grande, plus le temps à bord s’écoule lentement. Si vous quittez la Terre à une vitesse suffisamment proche de la lumière pour un voyage d’un an, lorsque vous revenez, des siècles pourront s’être écoulés. Vous vous retrouvez donc dans le futur… Mais sans pouvoir faire machine arrière. Ce sont des effets que l’on observe déjà à bord de la Station spatiale internationale, qui tourne autour de la Terre à 7 km/s. Le décalage temporel entre la Station et la Terre n’est que de quelques millisecondes sur un an, mais il est bel et bien présent.

Vaisseau Faucon Millenium du film Solo : a Star Wars Story, sorti le 24 mai 2018. Lucasfilm Ltd. All Rights Reserved.


Les ressources minières de l’espace

Dans la 3e partie du film, le jeune Han Solo, après l’échec cuisant de l’attaque du train, propose d’aller dérober du coaxium brut directement à la source, sur la planète Kessel. Le coaxium est une ressource précieuse qui sert notamment de carburant aux vaisseaux de l’Empire. Un défi de taille pour l’équipée sauvage.

Existe-t-il, actuellement, des ressources naturelles disponibles et non exploitées dans l’espace ?

Lucien Rapp, Université Toulouse Capitole, laboratoire IDETCOM (Institut du Droit de l'Espace, des Territoires, de la Culture et de la Communication) : Il y a, nous dit-on, de l’eau qui pourrait être utilisée dans la fabrication de carburant pour des engins spatiaux, du charbon, du souffre, du nitrogène, du phosphore, du nickel et du minerai de fer pour n’évoquer que quelques-unes des ressources les plus fréquemment citées. La difficulté vient moins de leur exploration que de leur exploitation. Se fera-t-elle sur place ou dans l’espace ? Les minerais extraits seront-ils exploités sur terre ? Et en ce cas, comment seront-ils transportés ? Où seront-il stockés ? Voilà quelques-unes des questions qui subsistent.

Quelles sont les nations qui se sont organisées pour l’exploitation de ces ressources ? En quoi consiste cette organisation ?

L. R. : 2 nations ont aujourd’hui adopté des textes nationaux qui prévoient la délivrance d’autorisations spécifiques à des sociétés privées : les Etats-Unis (2015) et le Luxembourg (2017). Les Emirats Arabes Unis pourraient suivre ce mouvement dans les mois qui viennent. Les textes américains et luxembourgeois défient l’environnement juridique international qui repose sur le principe de non-appropriation de l’espace, de la Lune et des corps célestes. A la vérité, ils se fondent sur une interprétation subtile des textes internationaux, en distinguant l’appropriation par déclaration de souveraineté d’un Etat qui est expressément interdite et l’appropriation de ressources minières par un opérateur privé sur un astéroïde dans le cadre d’activités d’exploration et d’exploitation, qui ne sont pas directement visées par le Traité de l’espace.

A quelle échéance peut-on prévoir une mission d’exploitation dans l’espace ?

L. R. : Techniquement, rien ne permet d’exclure que de telles missions puissent être conduites dans un avenir relativement proche, même s’il demeure encore, comme indiqué plus haut, quelques incertitudes (notamment sur le régime de propriété des ressources qui seraient extraites) et de nombreuses questions techniques à résoudre (exploitation sur place, stockage des minerais, transport sur terre). Sur le plan juridique, des autorisations ont déjà été données par le Gouvernement américain. 2 des sociétés autorisées aux Etats-Unis (Planetary Resources et Deep Space Industries) et présentes au Luxembourg ont annoncé qu’elles commenceraient leurs opérations en 2025.

Cargaison de coaxium dans le film Solo : a Star Wars Story, sorti le 24 mai 2018. Lucasfilm Ltd. All Rights Reserved.

Dans tous les cas, force est de constater que chaque épisode du space opéra met le doigt sur des préoccupations bien actuelles. Rendez-vous donc en 2019 pour la sortie de l'épisode IX de Star Wars, réalisé par J. J. Abrams.