2 Février 2017

[Cinéma] Passengers : 3 scènes vraisemblables (ou pas)…

Le film de science-fiction, Passengers, à l’affiche depuis fin 2016, propose quelques scènes d’un réalisme époustouflant. Sont-elles vraisemblables ? Nous avons posé la question à nos experts.

Passengers est un film hypnotique, un huis clos savoureux autour du bel amour impossible ou contrarié… Une histoire d'espace où l’on manque d’espace. Le Starship Avalon est un vaisseau spatial qui emporte plus de 5000 passagers endormis, en état d’hibernation, loin, très loin puisqu’il faut 120 ans pour arriver à destination. Mais un événement imprévu va mettre en péril l’expédition laissant place à des effets spéciaux renversants.

La gravité artificielle

A l’instar du Discovery One de 2001 : l’odyssée de l’espace ou de l’Endurance de Interstellar, la gravité dans le Starship Avalon est reproduite artificiellement grâce à une technologie basée sur la force centrifuge. Les passagers du vaisseau ne subissent donc pas le moindre effet d’impesanteur dans l’espace. Enfin presque… Alors, est-ce réaliste ?

Ce concept est effectivement étudié depuis longtemps [...]

 

François spiero

« Ce concept est effectivement étudié depuis longtemps, indique François Spiero, responsable des vols habités au CNES. On le voit d’ailleurs déjà dans le film "2001 : l’odyssée de l’espace" sorti en 1968 mais sa réalisation pose de nombreux problèmes à l’heure actuelle. Les 2 paramètres principaux qui régissent une gravité artificielle dans un vaisseau spatial de ce type sont : la longueur du rayon de l’anneau et la vitesse de rotation de l’anneau. »

« Le rayon peut mesurer plusieurs centaines de mètres. Il faudrait donc envoyer dans l’espace des modules gigantesques. Cela demande une capacité de lancement phénoménale. Quand bien-même ce serait possible, il faut ensuite maintenir l’anneau en rotation sans fluctuation majeure car lorsqu’on fait tourner un objet autour d’un autre, cela crée des vibrations qui engendrent des charges mécaniques sur les structures. Poussées à l’extrême, ces vibrations pourraient provoquer une dislocation du vaisseau. »

L’eau d’une piscine en lévitation



Aurora Lane emprisonnée à l'intérieur de l'eau de la piscine du Starship Avalon en apesanteur. Crédits : Sony pictures releasing France.



Affiche du film Passengers. Crédits : Sony pictures releasing France.



Vaisseau Starship Avalon du film Passengers. Crédits : Sony pictures releasing France.



Concept de vaisseau spatial développé dans un rapport de l'ISU (International Space University) co-dirigé par François Spiero, responsable des vols habités au CNES. Crédits : ISU.

Au moment où le système de gravité artificielle du Starship Avalon commence à faire des siennes, la piscine intérieure, se transforme brutalement en une gigantesque boule d’eau en lévitation qui emprisonne littéralement Aurora Lane interprétée par l’actrice américaine Jennifer Lawrence. La jeune femme, venue là faire quelques longueurs, évite la noyade de justesse lorsque la gravité est rétablie. Elle parvient à s’extraire de l’eau in-extremis. Est-ce réaliste ?

Un homme a bien failli se noyer en apesanteur mais dans d’autres circonstances

« Je ne sais pas si cette scène pourrait se produire dans la réalité avec une telle quantité d’eau en micropesanteur, confie François Spiero. Evidemment, c’est du jamais vu. Par contre, un homme a bien failli se noyer en apesanteur mais dans d’autres circonstances. »

« L’astronaute italien de l’ESA, Luca Parmitano, s’est retrouvé en 2013 avec 1,5L d’eau dans son casque alors qu’il était en pleine sortie extravéhiculaire (intervention à l’extérieur de la station, ndlr), se souvient François Spiero. L’eau s’est infiltrée à cause d’une fuite dans le système de refroidissement de son scaphandre. Sous l’effet de l’apesanteur, des gouttelettes ont commencé à s’introduire dans ses oreilles et ses narines par capillarité. Il a dû rentrer dans la station en urgence avec une visière quasiment recouverte d’eau à l’intérieur et dans l’obscurité (en effet, l’ISS se retrouve dans l’ombre de la Terre toutes les 45 min, ndlr). Il a finalement réussi à rejoindre le sas de décompression, in-extremis, au bord de l’évanouissement. Son sang-froid l’a sauvé. »


Mise en hibernation du corps humain

Les 5000 passagers du Starship Avalon sont mis en état d’hibernation dans des capsules cryogéniques ultrasophistiquées de sorte que leur corps ne vieillisse pas ou peu pendant les 120 ans que dure le voyage. Est-il aujourd’hui possible de mettre un corps humain en état d’hibernation ?

La température du corps est abaissée de quelques degrés pour atteindre 30°C


Guillemette Gauquelin-Koch

« Ce n’est pas possible à proprement parler aujourd’hui, affirme Guillemette Gauquelin-Koch, responsable des sciences de la vie au CNES. Mais les Russes ont développé des techniques de chirurgie compliquée par hypothermie et quelques articles scientifiques montrent que cela peut marcher. »

« Ceci étant dit, c’est pour des périodes courtes où la température du corps est abaissée de quelques degrés pour atteindre 30°C, on est donc loin de ce que l’on observe chez l’animal hibernant où la température du corps peut descendre à 1 ou 2°C. Côté américain, La DARPA (service de recherche des armées américaines, ndlr) travaille sur la possibilité d’induire de l’hypothermie prolongée pour ramener des blessés depuis les champs de batailles. Par ailleurs, des choses ont aussi été testées sur l’animal avec du gaz H2S (sulfure d’hydrogène, ndlr). Mais il y aurait des conséquences à long terme sur l’organisme et nous n’avons aucune garantie que cela puisse fonctionner sur l’homme. »



Capsules d'hibernation du film Passengers. Crédits : Sony pictures releasing France.

Publié dans : 
Pour les cibles :