24 Février 2022

[Cinéma] « Moonfall » : 3 scènes vraisemblables (ou pas)

Le nouveau blockbuster de science-fiction « Moonfall » mettant en scène des astronautes zélés est sorti en France le 09/02. On y voit une Lune malmenée et menaçante pour la Terre. Quelle est la part de réalisme dans le scénario ? L’avis de notre expert Francis Rocard.

A bout de souffle

La Lune pourrait-elle un jour s’écraser sur Terre ? Car c’est bien ce qui menace dans le film Moonfall sorti en France le 09/02 dernier. Le long métrage de Roland Emmerich montre l’astre des nuits comme jamais, à bout de souffle et venant rendre l’âme sur l’horizon terrestre. Mais au fait, dans la réalité, un scénario catastrophe de ce type est-il possible ? La Lune pourrait-elle « tomber » sur Terre ?

Francis Rocard, responsable des programmes d’exploration du Système solaire (CNES)

« Eh bien non, dans la réalité la Lune a plutôt tendance à s’éloigner de la Terre, de 3,8 cm par an très exactement. Un autre effet est de ralentir légèrement la vitesse de rotation de la Terre de quelques millièmes de seconde par siècle. La Lune est très importante dans le système Terre-Lune puisqu’elle permet de stabiliser l’inclinaison de l’axe de rotation de la Terre sur elle-même ce qui fait que la Terre subit des variations saisonnières assez faibles à l’échelle du million d’années. A contrario, la planète Mars par exemple, qui ne possède pas de grosse lune, subit des variations climatiques importantes car l’inclinaison de son axe de rotation peut varier de 40° sur 100 000 ans. Par ailleurs, une hypothèse actuellement controversée montrerait que la Lune a une influence sur la géodynamo de la Terre lui permettant ainsi de maintenir son noyau liquide en état et donc son champ magnétique et son atmosphère. »


Affiche du film « Moonfall » sorti en France le 09/02/2022. Crédits : Metropolitan Films.


Bande annonce du film Moonfall (VOST) sorti en France le 09/02/2022. Crédits : Metropolitan Films.

Bien avant que l’on ne comprenne d’où vient la force mystérieuse qui a provoqué ce cataclysme, le réalisateur Roland Emmerich nous montre un phénomène, l’effet de marrée, qui se trouve alors décuplé sur Terre par une Lune toute proche, les eaux des océans et des mers étant inexorablement attirées par le ciel. Mais comment ça marche tout ça dans la réalité ?

F.R. : « Le mouvement des marées sur Terre est dû principalement à l’attraction de la Lune sur les océans, le Soleil contribuant également. Coté Lune, celle-ci attire les océans ce qui crée une marée haute. Mais aux antipodes, le déficit d’attraction crée également une marée haute. La Terre tournant sur elle-même en 24h, nous avons donc 2 marrées hautes par jour, toutes les 12h. Les marées basses se situent en quadrature de l’axe Terre-Lune. En réalité le bourrelet de marée haute est légèrement en retard du fait de l’inertie de l’eau. »

Retour sur la Lune en 2026

Au ¾ du film, Roland Emmerich nous montre enfin ce qu’il se passe au-delà du « trou noir » identifié par la NASA dans un des cratères lunaires. Le cœur de la Lune est le siège d’une activité surprenante et complexe. Mais qu’est-ce qu’on y trouve dans la réalité ?

F.R : « La composition interne de la Lune s’organise de la même façon que celle des astres telluriques du Système solaire, à savoir : un noyau partiellement liquide, un manteau, une croûte. On ne trouve pas d’eau sur la Lune car elle se serait intégralement évaporée au moment de sa formation, suite à l’impact géant de Theia, une protoplanète, avec la Terre il y a près de 4,5 milliards d’années. La Lune, à l’origine un océan de magma, ce serait ensuite cristallisée pour former cet astre gris. Le noyau est riche en fer et en nickel, le manteau est constitué de basaltes. La Lune est un astre froid qui ne possède plus en son cœur les mouvements de convection nécessaires à la formation d’un champ magnétique. Il n’y a donc quasiment pas d’atmosphère sur la Lune, seulement une exosphère résiduelle et dynamique composée d’argon, d’hélium, de sodium, de potassium et d’hydrogène. »

Le système des marées sur Terre dues principalement à la force d'attraction de la Lune. Crédits : Shutterstock (traduit).

Structure interne de la Lune. Crédits : Kelvinsong (CC BY-SA 3.0).

La Lune accompagne l’humanité depuis la nuit des temps et ce n’est pas prêt de changer. Après les missions d’exploration Apollo dans les années 1970, le grand programme américain Artémis en coopération avec l’Europe est sur les rails pour un retour des astronautes sur place en 2026 (contre 2024 comme initialement annoncé). Espérons qu’ils n’auront pas les mêmes surprises que dans Moonfall

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