20 FĂ©vrier 2019

[Actu] Thomas Pesquet portera-t-il des brassards de cuisses dans l’ISS ?

Dans l’espace, la circulation du sang dans le corps humain est complètement chamboulée. Une expérience est actuellement menée à Toulouse sur 20 volontaires pour déterminer si des bandes élastiques portées aux cuisses limitent les effets de cette redistribution des fluides.

En impesanteur, le visage des astronautes est plus rond en raison du gonflement des tissus lié à la redistribution des fluides (sang et lymphe) vers le haut du corps. Crédits : NASA.

Depuis les années 1990, les astronautes russes portent, lorsqu’ils le souhaitent, des bandes élastiques au niveau des cuisses lorsqu’ils sont dans l’espace. Le bienfait serait circulatoire. Alors que sur Terre, le sang et la lymphe sont attirés dans le bas des jambes en raison de la gravité, en impesanteur, ils sont redistribués dans tout le corps et notamment dans la tête et le thorax.

« Cette redistribution des fluides a des impacts sur le système cardiovasculaire qui devient moins réactif. C’est un peu comme quand on est couché : le système cardiovasculaire est moins sollicité pour envoyer le sang dans le haut du corps. C’est confortable pour le coeur et les vaisseaux, mais il y a un risque de syncope lorsque l’astronaute se retrouve à nouveau dans un environnement avec la sensation de gravité » souligne Marc-Antoine Custaud, médecin au CHU d’Angers. Imaginez-vous un(e) astronaute après un voyage de 6 mois dans une navette spatiale faire un malaise en posant les pieds sur la planète Mars ? La catastrophe !

 

Crédits : CNES.

 

Une expérience dite d'immersion sèche est actuellement menée à la clinique spatiale du MEDES (Institut de médecine et de physiologie spatiales), filiale du CNES, pour tester un moyen préventif à cette redistribution des fluides : le port de brassards au niveau des cuisses. En 2015, une 1ere expérience d’immersion sèche s’était déjà déroulée à Toulouse. Durant 3 jours, 12 participants avaient vécu dans une baignoire d’eau tiède tout en étant isolés de l’eau par une grande toile imperméable  — d’où le terme de « sèche ». Mis au point par les scientifiques russes, ce système existe uniquement en Russie et en France qui a acquis 2 bacs en 2014. 

Comme l'explique Guillemette Gauquelin-Koch, responsable du programme en Sciences de la vie au CNES : « Le modèle d'immersion sèche permet de reproduire très rapidement les effets de l’impesanteur sur les systèmes circulatoire, cardiovasculaire et sensori-moteur.

Les volontaires n’ont plus aucun support sur le sol. L’organisme l'interprète comme une absence complète d’appui, une situation comparable à celle de la microgravité réelle 

Coordonnée et financée par le CNES, l'expérience 2018-2019 intègre 3 nouveautés : 

  • 20 participants contre 12 en 2015 ;
  • une immersion dans l'eau tiède pendant 5 jours contre 3 en 2015 ;
  • le port de bandes Ă©lastiques au tiers supĂ©rieur des cuisses de 8h Ă  18h afin de crĂ©er une pression comparable Ă  celle liĂ©e Ă  la station debout — le principe de ces bandes est donc inverse Ă  celui des bas de contention. 

Pour Marc-Antoine Custaud, responsable d'un des 10 protocoles de l’expérience : « l'avantage de cette contre-mesure (NDLR : le port de brassards de cuisses, NDLR) est qu’elle serait facile à mettre en place, sans prendre de temps aux astronautes dont le planning est déjà bien chargé lors de leur séjour dans l’Espace. Mais il faut des arguments avant de l'utiliser de façon plus systématique. » Or, la littérature scientifique est pauvre sur le sujet ou date d’une époque où les moyens d’investigation n’étaient pas aussi perfectionnés qu’aujourd’hui. D’où l’intérêt de l’expérience actuelle. Les 1rs articles scientifiques sont prévus dans 1 an. Si la contremesure s’avère efficace, verra-t-on Thomas Pesquet porter des brassards de cuisse dans la station spatiale internationale ? Son séjour dans l’ISS est prévu à la fin de l’année 2020 ou au début de l’année 2021. L’avenir nous le dira !

 Un astronaute russe porte des brassards de cuisses (« braslets »ou « thigh cuffs » en anglais) dans la station MIR en 1992. Crédits : CNES/NPO Energia.

 

Pose d’un brassard de cuisse sur un participant de l'expérience d'immersion sèche 2018-2019. Crédits : CNES/BENOIT, 2019. 

 

Installation d'un participant dans une baignoire en février 2019. Crédits : CNES/BENOIT, 2019

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Les participants subissent une batterie de tests durant les 5 jours d’immersion sur les yeux, le coeur, les vaisseaux, les muscles, la colonne vertébrale, la cognition, le métabolisme, la flore intestinale,... Crédits : CNES/BENOIT, 2019.