9 Avril 2018

[Actu] Rentrée de Tiangong-1 : plus de peur que de mal...

La station spatiale chinoise Tiangong-1 a fini sa course dans l’océan Pacifique le 02/04 vers 2h15 du matin (heure de Paris). Pour le CNES, cette rentrée atmosphérique a été riche d’enseignements.

Une rentrée à risque

« C’était une rentrée à risque pour le CNES et pour la France, confie Jean-François Goester, expert senior en mécanique spatiale. Au Centre d’orbitographie opérationnel du CNES, cela a été l’occasion d’éprouver l’outil ELECTRA d’évaluation des zones de retombée et de calcul du risque au sol ». Grâce à ELECTRA, qui par ailleurs est utilisé pour des activités en lien avec la loi relative aux opérations spatiales depuis de nombreuses années, les équipes ont pu évaluer le risque de retombée de la station chinoise sur le territoire français à une chance sur 10 000 quelques jours avant l'événement. « C’est extrêmement faible, vous avez largement plus de chances de vous faire toucher par un éclair », précise Jean-François Goester. 24h avant la rentrée, ELECTRA nous disait qu’il n’y avait plus aucun risque qu’un débris de la station chinoise tombe sur la France ».

Le rentrée atmosphérique de la station spatiale chinoise Tiangong-1 s'est probablement déroulée comme ici avec le vaisseau ATV Jules Verne (cargo de ravitaillement de l'ISS contrôlé depuis le CNES de Toulouse) qui s'était désintégré au dessus du Pacifique sud en 2008. Crédits : ESA.

Les ingénieurs du CNES ont suivi l’événement grâce aux radars SATAM et GRAVES du ministère des Armées. D’autres informations provenaient de l’armée de l’air américaine et de la JAXA (l’agence spatiale japonaise). « Au Centre d’orbitographie opérationnelle du CNES, la mise à disposition de nos outils et de notre expertise a comme objectif de permettre de calculer des probabilités de risques pour le territoire français, explique Jean-François Goester. Ces informations sont ensuite envoyés en temps réel aux experts et au bureau LOS du CNES (chargé de faire appliquer la Loi sur les Opérations Spatiales en France depuis 2011, NDLR) qui, lui, fera remonter les résultats aux instances décisionnaires, comme par exemple le comité exécutif du CNES ».

Jean-François Goester, expert senior en mécanique spatiale au CNES. Crédits : Crédits : CNES/E. Grimault.

Entre 2 et 2,5 tonnes de débris

La station Tiangong-1 a fini par rentrer dans l'atmosphère le 02/04 vers 2h15 (heure de Paris) au milieu de l’océan Pacifique dans une zone bien connue et couramment appelée dans le jargon SPOUA (South Pacific Ocean Unhabited Area), qui est par ailleurs l’endroit où l'on fait rentrer les objets spatiaux de façon controlée. « La plupart des équipements ont été détruits lors de la phase de rentrée dans l’atmosphère », a assuré le CMSEO (China Manned Space Ungineering Office), le bureau chinois chargé de la conception des vols spatiaux, dans un communiqué. « Avec l’outil DEBRISK développé par le CNES, et également utilisé dans le cadre de la LOS, nous avons estimé qu’entre 2 et 2,5 tonnes de débris de la station avaient plongé dans l’océan, explique Aurélie Bellucci, spécialiste en rentrée atmosphérique au service pour la surveillance de l’espace et la LOS. La zone de retombée ferait entre 1000 et 1500 km de long.


Elément du 3e étage d'une fusée américaine Delta 2 (environ 70 kg) retombé en Arabie Saoudite en janvier 2001. Crédits :  NASA Orbital Debris Program Office.

« Cet événement a permis d’éprouver nos outils et nos modèles numériques de rentrée atmosphérique, explique Jean-François Goester. Ce sont des outils qui sont le fruit d’un travail d’expertise au CNES depuis 30 ans pour certains. C'est dans notre ADN d’agence spatiale nationale. » En moyenne, un objet de plus de 100 kg traverse l’atmosphère terrestre chaque semaine. Ce sont souvent des corps de lanceur qui voguent librement dans l’espace et finissent inexorablement par revenir sur Terre freinés par l’atmosphère terrestre. Les Chinois ont mis en orbite Tiangong-2 en 2016. Ils poursuivent leur apprentissage du vol orbital.

Réservoir principal du 2e étage d'une fusée américaine Delta 2 (environ 250 kg) retombé au Texas en janvier 1997. Crédits : NASA.