24 Juin 2022

[40 ans PVH] 24/06/1982 : un Français dans l'espace

Le 24/06/1982, Jean-Loup Chrétien décolle à bord d’une fusée Soyouz pour rejoindre l’espace, et la station Saliout. Il devient ainsi le 1er Français à participer à un vol habité, débutant l’histoire de notre pays dans la science spatiale.

L'équipage de Soyouz T-6 le jour du départ, Jean-Loup Chrétien est à gauche, avec son écusson CNES. Crédits : CNES.

24/06/1982, Jean-Loup Chrétien et 2 cosmonautes soviétiques, Vladimir Djanibekov et Alexandre Ivantchenkov, embarquent à bord d’une fusée Soyouz à destination de la station orbitale soviétique Saliout 7. La mission est sobrement appelée par les Français « PHV », pour Premier Vol Habité. Ce jour-là en effet, Jean-Loup Chrétien devient le 1er Français à aller dans l’espace. « Ce que ça me fait ? Me sentir vieux ! sourit l’astronaute. J’aurais préféré être le dernier en date, pour avoir la chance d’y repartir ».

Savez-vous trouver la bonne fenêtre intercostale ?

Jean-Loup Chrétien, c’est l’homme par qui l’aventure spatiale française a concrètement commencé. L’aventure scientifique notamment, initiée dès 1966 avec cet accord de coopération scientifique signé entre la France et l’URSS. En 1982, une dizaine d’expériences sont ainsi menées dans le cadre de la mission PVH, dans les domaines de l’astronomie, de la biologie, de la médecine et de science de la matière. « L’expérience la plus marquante à mes yeux, précise l’astronaute, est ECHOGRAPHIE. Car, plus que pour d’autres, je devais en être le pilote, l’acteur. Vous savez, vous, où se trouve la bonne fenêtre intercostale pour observer votre cœur ? Et notamment en micropesanteur ? J’avais donc eu une formation préalable pour acquérir les connaissances médicales et les bons gestes pour bien manier la sonde. » D’autant qu’en 1982, les communications entre l’orbite terrestre et le sol ne sont pas aussi performantes qu’aujourd’hui. « Nous ne pouvions pas échanger d’images. Et les communications étaient parfois complètement interrompues pendant 30 à 40 min. »

ECHOGRAPHIE, 1ere expérience en échographie spatiale, lance ainsi l’étude des effets de la micropesanteur sur le corps des astronautes, effets « expérimentés » par ces derniers mais jusqu’alors non étudiés. Puis en 1988, MEDES, l’institut de médecine et de physiologie spatiale est créé à Toulouse, regroupant le CNES, des hôpitaux et universités. Sa spécialité : la médecine et la physiologie spatiales. En 1993, c’est le CADMOS (Centre d’Aide au Développement des activités en Micropesanteur et des Opérations Spatiales) qui voit le jour au Centre spatial de Toulouse. Son objectif : préparer, suivre et opérer les expériences menées dans l’espace, à bord de la station MIR, de la navette spatiale, puis de l’ISS.

ECHOGRAPHIE, 1ere expérience en échographie spatiale, réalisée par Jean-Loup Chrétien lors de PVH à bord de la station Saliout 7 en 1982. Crédits : Intercosmos, 1982.



L'expérience qui m'a le plus marqué lors de la mission PVH : ECOGRAPHIE. Il s'agissait de la 1ere échographie spatiale.

Et l’étude des effets de la micropesanteur sur la santé est toujours d’actualité, à l’image des recherches en neurosciences menées par la France, depuis maintenant 40 ans. En 1982, l’expérience POSTURE à laquelle contribue Jean-Loup Chrétien, vise à étudier le rôle de la vision dans l’équilibre. En 2021, Thomas Pesquet prend part à PILOTE, une expérience en neurosciences menée dans l’ISS dont l’objectif est d’optimiser l’interface entre l’humain et la machine.

L’expérience en neurosciences POSTURE (ici testée au sol) s’intéresse au rôle de la vision dans l’équilibre. Elle sera réalisée lors de la mission PVH en 1982. Crédits : CNRS, 1982.

Inexorable explorateur

Après la mission PVH, Jean-Loup Chrétien retourne par 2 fois dans l’espace. En 1997, le Français passe 10 jours à bord de la navette Atlantis et de MIR (mission STS-86). Avant cela, en 1988, Jean-Loup Chrétien passe 25 jours à bord de la toute nouvelle station MIR, dans le cadre de la mission Aragatz. Outre une sortie extravéhiculaire mémorable de près de 6 heures (!), l’astronaute réalise plusieurs expériences scientifiques, et notamment le test d’un nouvel échographe, plus performant.

Aujourd’hui encore, l’astronaute garde un pied dans la science spatiale, via l’entreprise américaine Tietronics dont il est le vice-président pour la recherche. « On travaille notamment à améliorer encore la télé-échographie, en utilisant l’intelligence artificielle pour aider l’opérateur. » Des thématiques de recherches qui intéressent autant la médecine terrestre, que l’exploration spatiale. Et notamment dans le cadre du retour de l’Homme sur la Lune, une perspective qui réjouit l’ancien pilote de chasse. « L’exploration spatiale est inscrite dans nos gênes pour survivre, c’est instinctif. Elle a eu son âge d’or avec le programme américain Apollo, et je suis ravi de voir émerger de nouveaux programmes lunaires. Car il y a encore des choses à découvrir. »

Jean-Loup Chrétien en 2012. Crédits : PHOTOPQR/NICE MATIN/XAVIER GIRAUD.

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« Peur ? Non, j’avais confiance »

Que ressent-on lorsque l’on est astronaute, au moment du décollage ? La réponse de Jean-Loup Chrétien :« Beaucoup d’excitation. Je compare cela à un saut en parachute. Le décollage, c’est comme ce moment où l’on passe la porte de l’avion avec son parachute dans le dos. Puis les 8 minutes de poussée avant d’atteindre l’apesanteur équivalent à la chute libre avant l’ouverture du parachute. Est-ce que j’ai eu peur ?  Non, car j’avais confiance. Les années d’entrainement nous servent –entre autres - à acquérir cette confiance. Et cela a été la même chose pour les 2 autres décollages. Pour
le dernier, effectué à bord d’une navette américaine, j’avais même voulu éprouver cette confiance, en voyant si j’étais capable de m’endormir avant le décollage. Pendant ces 20 minutes où les astronautes doivent juste attendre le décompte final… Eh bien, j’ai réussi ! Je me suis endormi, malgré l’inconfort de la position. Et c’est mon genou en glissant qui m’a réveillé ! »

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Trop vieux et pourtant...

En 1966, la France et l’URSS signent un accord de coopération scientifique qui prend corps en 1979, avec la proposition politique de Léonid Brejnev de faire participer un Français à une mission spatiale soviétique. L’appel à candidatures pour recruter des astronautes est lancé. « J’étais pilote de chasse dans l’armée, explique Jean-Loup Chrétien, et volontaire ! Mais l’armée m’a considéré comme trop vieux pour postuler comme astronaute. J’avais 41 ans… » C’est donc en candidat libre que Jean-Loup Chrétien se présente au CNES qui s’occupe de la sélection. Et le Breton passe les tests avec brio. Il est sélectionné en 1980 avec Patrick Baudry, et les 2 Français suivent ensemble l’entrainement à Moscou. C’est finalement Jean-Loup Chrétien qui est choisi pour la mission PVH et qui, le 24 juin 1982, devient le premier Français dans l’espace.

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